lundi, 20 mai, 2019
BusinessLifestyleSociétéVoyages

Devons-nous demeurer ou partir ?

demeurer ou partir
344views

Le samedi 24 novembre 2018, le philosophe Alain Finkielkraut et animateur de l’émission hebdomadaire “Répliques” sur France Culture, nous invite à la réflexion suivante : demeurer ou partir ?

En effet, deux modèles de société cohabitent autant qu’ils s’entrechoquent. François-Xavier Bellamy, philosophe et auteur du livre Demeure nouvellement sorti, et Sylvain Tesson, appuyé de son Eloge de l’énergie vagabonde, nous livrent leurs analyses et ressentis sur ce sujet d’actualité.

Tout d’abord, quels sont ces deux modèles de société ?

L’expansion de la société du mouvement

demeurer ou partir

L’invité François-Xavier Bellamy explique que nous vivons dans la “frénésie du mouvement”, dans une société du mouvement. Elle est née des révolutions industrielles du XIXe siècle pour se modeler aujourd’hui en un modèle économico-sociétal néo-libéral. Ainsi, le libre-échange, la course aux avancées technologiques et à l’innovation, l’idée des “réformes” politiques, la société de consommation, le trans-humanisme, la surproduction de l’information et l’ampleur des réseaux sociaux poussent à ce modèle toujours plus inspiré par le mouvement. Le mouvement devient relique sacrée.

De plus, Sylvain Tesson, bien que partisan du nomadisme, fait le même constat :

Jamais le monde n’a changé si vite.

 

L’effacement de la société de l’immobilité

demeurer ou partir

Face au développement de cette société du mouvement, celle de l’immobilité disparaît et se raréfie. Pourtant, pour François-Xavier Bellamy, la demeure est primordiale à la vie humaine car elle constitue un socle de stabilité, contrairement au mouvement qui lui est incontrôlable. De plus, elle n’est pas non plus synonyme de passivité et d’ennui. Ainsi, il faut redécouvrir la nécessité de la demeure et les vertus d’une vie calme, sédentaire et faite d’habitudes.

D’ailleurs, François-Xavier Bellamy rappelle que même le marin naviguant sur les mers et les océans recherche dans son bateau un espace semblable à ce qu’il peut trouver dans sa demeure. Naturellement, il instaurera des habitudes comme le fait de prendre ses repas à des heures régulières. Par ailleurs, le philosophe nous rappelle joliment que chaque navire, symbole du mouvement, est rattaché à un port, symbole de la demeure.

La demeure est la condition de l’ouverture aux autres. François-Xavier Bellamy.

 

La lenteur dans le mouvement

demeure ou partir

Alors que François-Xavier Bellamy évoque principalement le mouvement dans son élancement frénétique, Sylvain Tesson, au contraire, aborde le mouvement dans sa “lenteur” avec beaucoup d’admiration.

A travers ses nombreux voyages autour du monde, l’écrivain-voyageur partage en premier lieu son ressenti, plus que son analyse politique et sociétale. Selon lui, le mouvement commence par l’activité physique. De cette activité naît l’apaisement du corps et l’éveil de l’esprit. Ainsi, le mouvement engendre une forme de méditation. De cette façon, Sylvain Tesson insiste sur l’importance de prendre le temps de voyager, de découvrir, de s’extasier. Il faut aussi prendre en considération les distances qui font le monde, des distances géographiques en considérable distorsion depuis l’ère de l’information et du numérique. Plus clairement, Sylvain Tesson n’est ni le partisan de la fièvre voyageuse ou de l’errance, ni celui de l’hyper-mobilité instantanée, ni celui de la monotonie de la demeure.

D’ailleurs, avec François-Xavier Bellamy, tous deux s’accorderont pour dire que :

Le mouvement doit être dirigé vers un but.

 

Le mouvement comme aventure

demeurer ou partir

 

Pour Sylvain Tesson, voyager c’est renouer avec le monde, ainsi qu’avec sa propre liberté, sa propre aventure.

Dans Le Héros au mille et un visages, un essai de mythologies comparées paru en 1949, et plus particulièrement dans la partie racontant le “Voyage du héros”, Joseph Campbell explique que “l’Aventure” appelle et interpelle tout être humain. C’est “l’appel de l’aventure” dira-t-il, et l’être humain est donc pris entre demeurer ou partir.

Jon Krakauer, dans son célèbre livre Into the Wild publié en 1996, illustre bien cet “appel de l’aventure” (ou l’appel de la route) que manifesta Christopher McCandless : le désir profond d’un retour à une vie sauvage et aux besoins essentiels. Dans cette aventure, ce jeune diplômé d’université américaine glorifia l’émancipation physique et spirituelle. Ainsi, il fit route. Il quitta cette société qu’il jugeait trop centrée sur la consommation, sur l’argent et le carriérisme, et trop peu sur l’authenticité des relations humaines. Une société dans laquelle il ne reconnaissait ni ses valeurs, ni son identité. Le coeur naïf et sincère, à la fois lourd et léger, il partit en Alaska. Sans les siens, il décida de renouer avec ses sens, son corps, son être, et pour enfin se perdre en pleine nature. Beaucoup, de nos jours, ressentent ce même besoin, un besoin vital.

Le noyau central de l’esprit d’un homme, c’est sa passion pour l’aventure. Christopher McCandless

L’interdépendance entre demeure et mouvement

demeurer ou partir

Néanmoins, Alain Finkielkraut insiste sur le fait qu’il ne faut pas opposer pour autant le mouvement à la demeure. Ces deux notions cohabitent.

De nombreuses histoires content les héros à la recherche de leur foyer perdu. Dans l’Odyssée d’Homère, Ulysse se voit confronté aux plus rudes périples. Tout d’abord pendant la Guerre de Troie, mais ensuite lorsqu’il décide de rentrer chez lui à Ithaque. Le héros grec n’a jamais oublié sa demeure et est prêt à tous les sacrifices pour la retrouver. Il la retrouvera changée, tout comme lui. Le mouvement a encore frappé. Demeure ou mouvement ne vit pas sans l’autre. Tout comme le confort et l’inconfort.

 

Vous souhaitez en découvrir davantage sur ce vaste sujet mêlant à la fois philosophie et société ? Retrouvez ici l’intégralité de l’émission “Demeurer ou partir” sur France Culture.

Enfin, pour plus d’articles sur ce sujet et plus d’actualité sur le monde, retrouvez-nous sur microcosweb.com !

Leave a Response

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.

%d blogueurs aiment cette page :