mardi, 16 juillet, 2019
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[Critique] La forme de l’eau, le retour de Del Toro sur le haut de la vague !

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Réalisateur au style reconnaissable entre 1000. À mi-chemin entre l’univers sombre et magique de Tim Burton. Et celui plus concret des films d’action hollywoodiens. Guillermo Del Toro a livré bon nombre d’œuvres qui sont restées dans les mémoires. On peut citer par exemple Hellboy, Le labyrinthe de Pan, Pacific Rim… Aujourd’hui, il revient à la charge avec La forme de l’eau (The Shape of Water en v.o.) sorti dans les salles ce 21 février. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que ce fan de créatures mythiques n’a pas perdu la main !

 

La forme de l’eau, une histoire d’amour rafraîchissante

Le film suit la vie d’Elisa. Une jeune femme muette depuis sa naissance, œuvrant comme femme de ménage dans un laboratoire aérospatial de Baltimore. L’histoire se déroule au début des années 60. Une période propice aux tensions. Puisque nous sommes en plein pendant la Guerre Froide opposant les Etats-Unis à la Russie. Dans cette atmosphère au contexte politique déjà sombre, Elisa fait la rencontre d’une créature amphibienne. Un véritable homme-poisson, tout juste amenée dans le laboratoire où elle travaille pour être étudié en captivité.

Loin des scientifiques et du cruel colonel Strickland qui ne pensent qu’à étudier et disséquer la créature, Elisa va tenter de la comprendre mais aussi de se faire comprendre. Son handicap vocal devenant un pont pour aider à communiquer d’une toute autre manière. Peu à peu, des sentiments vont naître. Elisa ne va avoir plus qu’un seul but : sauver le seul être vivant qui la comprenne vraiment.

Elisa et Zelda, sur le point de voir leur vie changer à jamais

Une marée d’acteurs pour un océan de connexions

Le rôle principal d’Elisa, entièrement muet donc, revient à Sally Hawkins. L’actrice n’est pas étrangère au monde du cinéma avec un large panel de films à son actif. Cependant, rien avec de gros budgets si ce n’est le dernier Godzilla de 2014. Pour lui donner la réplique, son ami et voisin de pallier Giles, campé par Richard Jenkins (vu dans La cabane dans les bois ou encore dans Jack Reacher), ainsi que sa collègue Zelda interprétée par Octavia Spencer qui avait déjà fait sensation dans Les figures de l’ombre en 2016.

Face à eux, l’implacable colonel Richard Strickland prend les traits de l’acteur Michael Shannon. Un habitué des rôles de méchants comme le policier ripoux dans l’excellent Premium Rush. Ou bien le général Zod dans Man of Steel, le film de 2013 sur la genèse de Superman. On notera tout de même ses excellentes prestations en tant qu’homme de bien ces fois-ci dans Nocturnal Animals ou Midnight Special, deux OVNI de 2016.

Tous ces acteurs interagissent les uns avec les autres dans des scènes alternant passage intime et vie professionnelle. Le tout au milieu de ceux qui ne vous jugent que selon votre grade ou votre métier. Des contrastes qui s’ajoutent aux deux ambiances du film. Le film est parfois axé sur la course aux étoiles contre les russes, parfois centré sur l’histoire naissante entre Elisa et l’amphibien. Un amphibien dont le costume est porté par l’excentrique Doug Jones. Acteur qui réussit à donner vie avec une crédibilité déconcertante à cet être hors du commun.

Michael Shannon, un acteur taillé pour les rôles obscures

Pas de tsunami scénaristique, restons sur un fleuve tranquille

D’une durée de 2 heures, le film n’a pas la prétention d’être partisan pour l’action pure. Si l’ensemble reste plutôt lent, c’est pour mieux laisser à l’ambiance de Del Toro le temps de s’installer. On découvre ainsi la vie complexe et ordonnée d’Elisa, dont l’absence de paroles n’empêche en rien de comprendre ses ressentis et son état d’esprit. Ses relations déjà existantes avec son voisin Giles ou son amie Zelda sont aussi bien exploitées que sa nouvelle relation avec l’amphibien, et tout en découvrant peu à peu à quel point la barrière des espèces peu être insignifiante, on plonge dans un raz-de-marée de scènes qui permettent au film de ne pas tourner en rond. L’action et les relations avancent et évoluent, et chaque séquence, même la plus insignifiante au premier abord, aura pour but de révéler un aspect caché d’un personnage, pour que personne ne reste superficiel, qu’aucun personnage ne soit qu’un faire-valoir.

Si l’attrait pour le film vient bien entendu de l’amphibien, élément original du film, tout ce qui tourne autour de lui permet de ne pas rester sur une impression d’avoir un film écrit uniquement pour la créature. Pas de grandes surprises en général sur les grandes lignes narratives de ce long-métrage mais le boulot est bien fait, tout est justifié et bien ficelé, et on prend plaisir à voir cette histoire d’amour à première vue contre-nature naître au sein d’un bassin, d’une baignoire, d’une ville et de ses histoires.

La créature amphibienne réserve bien des surprises…

Une belle goutte de plus dans la filmographie de Del Toro

Comment ne pas faire le lien entre l’amphibien Abe du film Hellboy (2004) et celui de La forme de l’eau ? Et pourtant, Del Toro réussit à créer deux créatures relativement différents, alors même qu’elles partent du même postulat de l’existence d’hybrides de ce genre. C’est la toute la force des films de ce réalisateur : être relativement les mêmes sur plein de points tout en étant complètement différents.

Un film qui se veut comme étant un conte sur la tolérance et l’acceptation des différences, et qui prouve une fois de plus que l’amour peut surgir de n’importe où, dans des circonstances totalement imprévues, pour peu qu’on lui laisse une chance de naître.

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